ENQUETE. POURQUOI BRAZZAVILLE TOMBE REGULIEREMENT A SEC?
Brazzaville à sec. Encore. Files d’attente interminables, stations-service fermées ou rationnement à la pompe : les pénuries de carburant sont devenues récurrentes dans la capitale. Une explication nous plonge au cœur de la chaîne d’approvisionnement de l’essence et du gasoil au Congo.
La République du Congo est le troisième producteur de pétrole en Afrique noire avec plus de 280.000 barils par jour, après le Nigeria et l’Angola. Le pays vise une grande production à partir de 2027, pour atteindre plus de 350.000 barils par jour en 2031, suite à l’exploitation de nouveaux gisements dopés par la production du gaz.
En tant que pays producteur de pétrole, le Congo ne devrait pas régulièrement s’écrouler sous les pénuries chroniques. Mais derrière chaque rupture se cache une équation plus lourde. Le Congo manque moins de pétrole que de marges financières et logistiques pour sécuriser son approvisionnement.
La première difficulté porte sur l’agent. La dette publique congolaise représente aujourd’hui 98,2 % du PIB, selon les statistiques officielles fournies en juin 2026. Cette dette a a dépassé les 9.400 milliards FCFA. Le pays a pu payer plus de 1500 milliards FCFA depuis le début de l’année. Mais, la situation reste critique et le service de la dette représente une grosse pression sur les finances publiques, à telle enseigne que le Congo prévoit de verser près de 900 milliards FCFA à ses créanciers.
Dans ce contexte d’arriérés et de tensions de trésorerie, les retards de paiement auprès des fournisseurs et traders compliquent la programmation des importations. Or, le carburant ne s’achète pas au dernier moment. Il faut financer, commander, affréter et réceptionner les cargaisons plusieurs semaines à l’avance.
Le Congo fait également face aux fluctuations du marché mondial de pétrole. La crise du détroit d’Ormuz en 2026 a fait grimper les cours du pétrole et renchéri les coûts du transport maritime. Pour le Congo, qui doit compléter sa production locale par des importations, chaque choc extérieur se répercute sur la facture d’approvisionnement. Malgré la libération du secteur pétrolier, les marquers ne sont pas prêts à importer du carburant et le revendre aux prix actuels du marché local. C’est jeter de l’argent par la fenêtre, car il n’y a aucun bénéfice. Les prix appliqués actuellement au Congo sont en deçà des prix du marché international.
C’est pourquoi, la Société nationale des pétrole du Congo (SNPC) est obligée d’importer les 30 à 40 % du carburant manquant aux prix prohibitifs. Normalement, le litre d’essence devrait se négocier à 1.100F CFA au niveau des pompes à Brazzaville. Mais, la SNPC revend plus bas aux stations pour maintenir les coûts de 775 pour l’essence, et 625F CFA la gasoil.
Cette décision du gouvernement permet d’éviter l’inflation, car la répercussion d’augmentation des prix se ferait ressentir sur tous les secteurs, notamment les plus névralgiques comme le transport et les produits alimentaires de consommation quotidienne. Une décision que n’apprécie pas le FMI qui pousse le gouvernement congolais à cesser de subventionner le carburant pour réaliser des économies de l’ordre de 700 milliards FCFA l’année. Mais, le Congo dit NON !
A côté de cette difficulté, la logistique reste un gros goulot d’étranglement. La Congolaise de raffinage (CORAF), une vieille industrie mise en service en 182 ne couvre qu’environ 70 % des besoins nationaux en produits pétroliers. Le reste doit être importé. Mais encore faut-il pouvoir stocker et distribuer rapidement ces volumes. Avec des capacités de stockage limitées à seulement 100.000 m3 et une dépendance importante au transport par camions-citernes entre Pointe-Noire et les autres centres de consommation, le moindre retard peut rapidement se transformer en pénurie à Brazzaville. Les trains citernes sur le CFCO ne circulent pas tous les jours. Ce qui renforce les pénuries.
Finalement, le paradoxe est là. Le Congo est producteur de pétrole, mais peut manquer d’essence et de gasoil. La question n’est donc plus seulement « quand le carburant reviendra-t-il ? », mais pourquoi le pays n’arrive-t-il toujours pas à sécuriser durablement sa chaîne d’approvisionnement ? Une pénurie peut être un accident. Quand elle se répète, c’est un système qui montre ses failles.