LES « 3R » LE PARI RISQUE DE JUSTE MONDELE
C’est le séisme politique du week-end à Brazzaville. Le ministre en charge de l’Assainissement urbain et député de Ouenzé 1, Juste Désiré Mondele vient de franchir le rubicon. L’homme fort de l’assainissement a officiellement acté, le 4 septembre, sa rupture avec le Club 2002 du sénateur Guy César Wilfrid Nguesso pour lancer sa propre machine politique, le Rassemblement des républicains réformateurs (3R). Un choix audacieux, mais qui s’apparente à une véritable partie de poker menteur à l’approche des législatives de 2027.
Juste Mondele a fait un choix courageux qui pourrait s’apparenter, selon une certaine analyse, à une émancipation par défaut. Après son départ fracassant du Club 2002, ses options étaient en effet limitées.
Au Parti congolais du travail (PCT), le ministre de l’Assainissement devrait connaître l’impasse. Intégrer le principal parti au pouvoir ne lui garantissait aucun avenir immédiat. Le congrès étant passé, les postes stratégiques sont déjà verrouillés. Finir simple militant de cet appareil politique, à l’instar du ministre Ghislain Maguessa Ebome, n’était pas une option pour cet acteur politique montant et scintillant.
Et s’il avait tenté de frapper à l’Action permanente pour le Congo (APC) du Conseiller politique du Chef de l’État, le ministre Rodrigue Malanda-Samba ? Peut-on parler d’un rendez-vous manqué le fait de n’avoir pas essayé ? Une intégration négociée au sein de l’Action permanente pour le Congo de son « frère » Malanda-Samba aurait pu lui offrir un parachute doré dans la majorité. Mais, le Ministre Mondelé a préféré tracer sa propre voie et déclare être fidèle au président Denis Sassou-N’Guesso.
Le calendrier joue contre le nouveau leader des 3R. Le véritable juge de cette transition sera le double scrutin législatif et local de juillet 2027. Le danger est immédiat et il ne dispose de moins de dix mois. La charte de la majorité interdit à deux cadres de s’affronter directement sur le terrain. Les arbitrages se font en haut lieu, et pas toujours en faveur du candidat le plus populaire. Il est possible que le Club 2002 (plus qu’un seul député, Gabriel Missatou de Lumumba 1, à Pointe-Noire) ne cache pas son intention de récupérer son siège historique de Ouenzé pour le confier à un autre cadre de ses rangs.
En politique congolaise et partout ailleurs, les portefeuilles ministériels se distribuent par quotas de partis et souvent non par affinités personnelles. C’est le cas de Rodrigue Malanda-Samba (APC) ou de Marie Cécile Mboukou Kimbatsa (MAR) qui siègent au gouvernement grâce au poids institutionnel de leurs formations politiques, et pour avoir bataillé de façon distincte pour la réélection du président Sassou-N’Guesso.
Certaines analyses portent à croire que, avant de créer ce mouvement, Juste Mondele s’est assuré du soutien et du feu vert des barons du pouvoir, un milieu qu’il connait bien. Car le risque est grand pour voir un homme parader seul à Brazzaville au nom d’un certain Rassemblement des républicains réformateurs. Et pour quel but alors ces fameux barons le feraient? Certainement pour garantir une certaine assise politique à Juste Mondele dont l’avenir au sein de la majorité présidentielle n’est assuré tant qu’il ne raisonne pas en tant qu’instrument politique. Toutes les individualités proches du président de la République sont rangées au PCT, au placard!
Mais, cela n’est pas suffisant. Il va falloir batailler fort sur le terrain, cela devrait être l’une des conditions données au ministre Mondele avant de le laisser se lancer dans cette affaire. Il peut aussi surfer sur la centaine des élus locaux indépendants et non casés qui cherchent un parapluie ou des députés qui sont insatisfaits de la politique du PCT, mais prônent infailliblement leur fidélité au président de la République.
Si Juste Désiré Mondele perdait son siège de député en 2027 à cause de cette dissidence, le Club 2002 réclamerait immédiatement son poste au gouvernement pour un autre de ses pions. Isolé, sans le soutien des « gros calibres » de la majorité, il risque de vivre le cas de la DRD de Hellot Matson Mampouya dont on ne parle presque plus.
Le ministre de l’Assainissement et député de la première circonscription du cinquième arrondissement de Brazzaville dispose-t-il d’une base assez solide à Ouenzé pour court-circuiter les appareils politiques traditionnels ? Face aux dinosaures de la majorité, le ministre joue sa tête, en présentant la population comme « véritables leaders » de 3R qu’il qualifie de parti populaire. Reste à savoir s’il parviendra à transformer les 3R en véritable force de frappe, ou s’il sera la première victime politique de l’après-2027.