DES JOURNALISTES EMBARQUÉS DANS LES RECONSTITUTIONS DU PROCUREUR
Depuis quelque temps, le Procureur de la République André Ngakala Oko embarque des journalistes sur le terrain de reconstitution des faits qu’il organise, notamment quand l’affaire est portée par la population.
C’est une bonne chose que le procureur de la République ouvre son espace de travail à la presse.
Cependant, les journalistes ne devraient pas y aller avec émotion, pour reproduire in extenso dans leurs articles de presse tous les ragots de la rue et ce que dit le procureur, très souvent à la suite d’un interrogatoire musclé et disproportionné, par rapport au présumé coupable qui a à peine la parole.
La reconstitution des faits ne devrait pas être une fin en soi pour le journaliste. Ce n’est qu’une partie du papier à écrire, car le journaliste qui se lance dans la reconstitution des faits doit sortir, à la fin, une enquête, un papier équilibré, fouillé et complet.
On note souvent trop de la manipulation et de l’instrumentalisation dans les papiers des journalistes après ces reconstitutions des faits. Les journalistes ne devraient pas être pressés de diffuser leur reportage. Ils doivent le compléter avec d’autres éléments plus ou moins importants.
Ils ont le devoir d’aller jusqu’au bout pour mettre à l’appréciation des consommateurs d’information les éléments nécessaires pour qu’ils se fassent leur propre opinion.
La dernière sortie du procureur de la République dans un lycée de Brazzaville cache de nombreuses zones d’ombre. Les journalistes doivent se questionner sur la réelle vie des présumés coupables et innocents.
L’instruction sur le terrain du procureur de la République ne devrait pas influencer le travail des journalistes, car ce n’est qu’une partie de l’enquête. Même le procès ne suffira pas. Soit on fait le boulot, soit on ne le fait pas.
Heureusement, un consortium de journalistes travaille pour sortir une enquête sur ce sujet. La vindicte populaire ne devrait pas guider l’instinct du journaliste. Ce n’est qu’une piste parmi tant d’autres.