L’ENGAGEMENT DE VIVIEN MANANGOU ERODE PAR LA CRISE ET LES TRACASSERIES ADMINISTRATIVES !
La politique a un prix. Pour Vivien Romain Manangou, il est aussi financier qu’électoral. Pourquoi cet acteur politique de l’opposition n’arrive pas à décoller?
Docteur en droit public, enseignant-chercheur à l’Université Marien-Ngouabi et président de Debout pour le Congo (DPC), il affirme avoir consacré une bonne partie de ses ressources à son combat politique. Pourtant, après près de dix ans d’engagement, les résultats se font toujours attendre.
À l’élection présidentielle des 12 et 15 mars 2026, Vivien Manangou rêvait de s’imposer comme le principal challenger de Denis Sassou-N’Guesso. Pour être candidat, il a d’abord dû réunir les 25 millions de francs CFA de caution, une somme non remboursable exigée par la loi électorale. Quelques jours après le scrutin, les résultats définitifs de la Cour constitutionnelle lui attribuent 15.994 voix, soit 0,61% des suffrages exprimés, le classant sixième sur sept candidats, loin derrière Denis Sassou-N’Guesso, réélu avec 2.509.456 voix (94,90%).
Ce revers s’ajoute à deux autres déjà vécus dans le passé. Candidat aux élections législatives de 2017 puis de 2022 dans la première circonscription de Tié-Tié, à Pointe-Noire, Vivien Manangou a toujours contesté les résultats officiels, estimant avoir remporté ces scrutins. Mais ses recours n’ont jamais débouché sur une reconnaissance de ces victoires qu’il revendique.
Pourtant, Vivien Manangou n’est pas un novice en politique. En 2016, il se distingue sur la scène politique nationale en qualité de directeur national de campagne de Guy Brice Parfait Kolélas à l’élection présidentielle. Trois ans plus tard, en 2019, il crée Debout pour le Congo, un parti qui, selon lui, est implanté dans treize des quinze départements du pays, mais qui n’a toujours pas obtenu de reconnaissance officielle de l’État. A peine cinq préfectures ont enregistré DPC. Face à cette impasse, M. Manangou lance en 2024 le mouvement Les Mécontents, afin de poursuivre son combat politique sous une autre bannière.
Derrière ce parcours se cache une réalité financière plus rude. Sans sponsors politiques ni soutien véritable de ses partisans, Vivien Manangou ploie sur les irrégularités de salaires à l’Université Marien-Ngouabi qui l’ont contraint à contracter plusieurs crédits bancaires pour financer son engagement politique. Aujourd’hui, cette situation le fragilise, et il doit désormais faire face aux dettes accumulées et aux sacrifices consentis au fil des campagnes électorales. À onze mois des législatives de 2027, il ne cache plus son manque d’enthousiasme à repartir dans une nouvelle bataille. L’homme porte des espoirs brisés, et l’espérance d’une jeunesse qui l’aurait poussé à tout dépenser sans compter. C’est le prix d’une opposition sans gloire et sans victoire.
Et pourtant sa situation nourrit quand même toutes les spéculations. Ses adversaires l’accusent régulièrement d’avoir bénéficié de financements occultes du pouvoir en échange d’une opposition qu’ils jugent inoffensive. Vivien Manangou balaie ces accusations d’un revers de main. Dès qu’il en a l’occasion, l’homme affirme en effet n’avoir « jamais pris un seul radis » du régime et que son principal tort serait d’avoir voulu construire une opposition indépendante sans disposer des moyens financiers ni de la reconnaissance administrative accordés à d’autres formations politiques. Le Congo compte officiellement 44 partis politiques de la majorité, de l’opposition et du centre. Il est interdit aux associations politiques de présenter de candidats aux élections.
L’universitaire qui promettait de contribuer à la renaissance de l’opposition congolaise se retrouve aujourd’hui face à un choix décisif : poursuivre un combat qui lui a déjà coûté plusieurs campagnes électorales, une caution présidentielle de 25 millions de francs CFA et une grande partie de sa stabilité financière, ou tourner définitivement la page d’une aventure politique qui, jusqu’ici, ne lui a offert que des victoires contestées et des défaites officiellement reconnues.