LE CONGO APPELLE AVEC VEHEMENCE AUX REFORMES DE L’ONU !
La déclaration du Président Denis Sassou-N’Guesso a été livrée à l’Assemblée générale des Nations-Unies. Le Congo appelé avec vigueur et véhémence à la mise en oeuvre des réformes entreprises à l’ONU. Le monde a changé et les instituons de l’ONU doivent évoluer, a indiqué le chef de l’Etat congolais, Denis Sassou-N’Guesso dont le message a été lu par le ministres des Affaires étrangères, de la Francophonie et des Congolais de l’étranger, SEM Constant-Serge Bounda. Le Congo ne transigera pas sur cette question, souligne la déclaration.
INTEGRALITE
« Excellence, Monsieur le Président de la 81ème Session de l’Assemblée générale ;
Excellence, Monsieur le Secrétaire général ;
Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs d’État et de Gouvernement ;
Distingués délégués, Mesdames et Messieurs.
Permettez-moi, avant de délivrer le message de Son Excellence Monsieur Denis SASSOU N’GUESSO, Président de la République du Congo, d’exprimer ma profonde gratitude pour l’honneur qu’il m’a fait en me confiant cette mission. Je le fais avec respect, loyauté et sens du devoir, conscient de la portée de cette parole nationale qu’il m’appartient aujourd’hui de transmettre fidèlement.
MESSAGE DE SON EXCELLENCE MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DU CONGO
Excellences, Mesdames et Messieurs,
La République du Congo salue l’élection de Son Excellence Monsieur Khalilur Rahman à la présidence de cette 81ᵉ session. Nous rendons hommage à Son Excellence Madame Annalena Baerbock pour sa contribution à nos travaux. Nous exprimons également notre profonde gratitude à Son Excellence Monsieur António Guterres, Secrétaire général des Nations Unies, pour son plaidoyer pour l’Afrique, son engagement constant en faveur du Bassin du Congo ainsi que pour l’attention accordée aux efforts de paix et de médiation et de dialogue entrepris par notre pays.
Dans cet esprit, la République du Congo suit avec une attention particulière le processus de sélection du prochain Secrétaire général des Nations Unies. 4 Nous considérons que l’Afrique, continent au centre des problématiques des Nations Unies et des enjeux géostratégiques mondiaux doit demeurer au cœur du mandat du futur Secrétaire général.
Le prochain Secrétaire général devra porter une vision véritablement universelle des Nations Unies : une vision qui ne laisse aucun continent à la périphérie, et dans laquelle la place, les responsabilités et les intérêts légitimes de l’Afrique sont pleinement prises en compte.
Excellences, Mesdames et Messieurs, Pour la République du Congo, rétablir la confiance et gérer la transformation de nos institutions internationales représentent une exigence collective. Le thème de cette session — « Rétablir la confiance, gérer la transformation » — résonne comme un appel à la lucidité et au courage dans un monde où la confiance s’effrite, où les tensions s’exacerbent, où les rapports de force et les deux poids, deux mesures, menacent de 5 supplanter l’esprit et la lettre de la Charte des Nations Unies. Jamais l’humanité n’a eu autant besoin d’un multilatéralisme rénové, inclusif et représentatif, capable de refléter la réalité d’un monde multipolaire où l’Afrique doit occuper toute sa place.
Ce renouveau exige une réforme profonde des institutions internationales, en premier lieu du Conseil de sécurité. L’Afrique, portée par la puissance de son histoire, l’élan de sa démographie et la solidité de son poids géopolitique, ne peut plus rester en marge des décisions qui façonnent son destin. Elle doit être actrice, pleinement et légitimement. Conformément au consensus d’Ezulwini, son exigence de deux sièges permanents dotés du droit de veto n’est pas une revendication : c’est un droit. Un droit juste, un droit fondé, un droit à la mesure des équilibres du XXIᵉ siècle.
Le monde a changé. Le monde a évolué. Les institutions doivent changer avec lui. C’est un impératif. L’Afrique ne demande pas une faveur. Elle demande sa juste place. La République du Congo en sa qualité de membre du Comité des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Africaine sur la réforme du Conseil de Sécurité des Nations Unies (C10) ne transigera pas sur cette exigence commune.
Excellences, Mesdames et Messieurs, La République du Congo réaffirme sa disponibilité à servir la communauté internationale. Avec votre soutien, elle renouvelle son aspiration à siéger comme Membre non permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour la période 2030–2031. Cette candidature s’appuie sur une longue tradition diplomatique, sur notre engagement constant en faveur de la paix et sur une conception exigeante de la responsabilité internationale. Depuis plus de cinq décennies, notre diplomatie a contribué avec constance et efficacité, à plusieurs processus de paix sur notre continent, et avec des implications au niveau global.
Nous citerons notamment : La contribution à la libération de la Namibie et au retrait des troupes cubaines d’Angola dans le cadre du Protocole de Brazzaville de 1988, avec pour principaux acteurs l’Angola, Cuba et l’Afrique du Sud, ceci sous une médiation conjointe Congo, Etats-Unis, et un rôle important pour l’ONU ;
Les efforts en faveur de la cessation des hostilités en République centrafricaine ; 8 • Les initiatives en faveur de la réconciliation en Libye, dont mon pays assure la charge de la Présidence du Comité de Haut niveau de l’Union Africaine sur ce pays ;
Les efforts de paix dans la région des Grands Lacs. Notre diplomatie n’est pas une diplomatie de confrontation. Elle est une diplomatie de dialogue, de médiation, de respect mutuel et de recherche de solutions africaines aux problèmes africains. Nous réaffirmons ici la vocation panafricaine de notre diplomatie.
Excellences, Mesdames et Messieurs, La souveraineté n’est pas un refus de coopérer. La souveraineté, c’est la capacité d’un peuple et d’une Nation a déterminé librement ses priorités, à défendre ses intérêts légitimes, à choisir ses partenaires et à préserver son indépendance de décision. C’est cette conception de la souveraineté que la République du Congo défend. Nous entendons poursuivre une politique étrangère fondée sur le non-alignement, la diversification de nos partenariats, le respect mutuel entre États et le refus de toute ingérence dans les affaires intérieures des nations.
Nous sommes ouverts au monde, mais nous voulons demeurer maitres de nos choix, de notre destin. La République du Congo n’a pas vocation à choisir un camp contre un autre. Elle se veut un trait-d’union entre les Nations.
Excellences, Mesdames et Messieurs, La République du Congo s’est engagée sur une trajectoire de transformation profonde à travers Notre Carnet de route « Accélérons la marche vers le développement », articulé autour de plusieurs priorités :
• investir dans le capital humain ;
• promouvoir l’emploi des jeunes ;
• renforcer la gouvernance publique ;
• diversifier l’économie ;
• moderniser l’agriculture et l’industrie ;
• développer les infrastructures ;
• accélérer le numérique et l’innovation et ;
• consolider la paix et la cohésion sociale.
Nous bâtissons un Congo qui ne se contente plus d’exporter ses matières premières, mais qui transforme davantage ses richesses sur son propre territoire. C’est le sens de notre intérêt pour les Zones économiques spéciales, car notre vision de la souveraineté politique doit aller de pair avec la souveraineté économique. Il sied de noter que Notre vision « Accélérons la marche vers le développement » s’inscrit dans la dynamique des Objectifs de développement durable (ODD) et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine sur « l’Afrique que voulons ».
Mais soyons lucide et pragmatique. Les ambitions de développement de la République du Congo — comme ceux de nombreux pays africains — sont aujourd’hui freinées par le poids de la dette, les inégalités du système financier international et les conséquences du changement climatique.
À quatre ans de l’échéance de 2030 sur les ODD, nous ne pouvons-nous permettre un nouveau fiasco collectif. La République du Congo appelle donc à une réponse internationale ambitieuse à la question de la dette des pays en développement, y compris à travers des mécanismes d’allègement et, lorsque les circonstances le justifient, d’annulation de dette permettant de libérer des ressources pour les investissements essentiels aux ODD.
Excellences, Mesdames et Messieurs, L’Afrique, n’est pas une périphérie du monde. Elle en est l’un des centres de gravité, la source du renouveau du multilatéralisme. Lorsque l’Afrique parle d’une seule voix, elle fait avancer l’agenda internationale, elle inspire le monde, s’impose et ouvre de nouvelles perspectives. Trois initiatives majeures portées par nos pays en témoignent :
• La Décennie des Nations Unies pour le boisement et le reboisement (2027–2036), portée par la République du Congo ;
• La résolution 80/250 relative à la traite transatlantique des Africains réduits en esclavage comme « crime contre l’humanité », portée par le Ghana et ;
• La résolution « Corriger la carte » portée par le Togo.
Ces initiatives démontrent que l’Afrique contribue à définir l’agenda international. C’est dans cet esprit que la République du Congo poursuivra son engagement panafricain. La suppression des visas pour les Africains à partir du 1ᵉʳ janvier 2027 traduit Notre volonté de revivifier le panafricanisme et les idéaux de nos Pères fondateurs, de renforcer la libre circulation sur notre continent, de bâtir un tourisme intra-africain, de rendre plus inclusif les échanges et la solidarité entre les peuples africains, tout en préparant la Zone de libre-échange continentale africaine – la ZLECAF.
Excellences, Mesdames et Messieurs, Le devoir de mémoire nous impose également de regarder notre histoire en face. Près de Pointe-Noire, en République du Congo, s’élève un projet à la portée historique : le Mémorial de la Baie de Loango. Depuis cette terre partirent de nombreux êtres humains arrachés à leur famille, à leur culture et à leur patrie par la traite transatlantique. Loango doit devenir un lieu de vérité ; Un lieu de mémoire ; Un lieu de recueillement ; Mais aussi un lieu de renaissance. Notre ambition est que Loango, à l’instar de Gorée au Sénégal, de Cape Coast au Ghana ou de Ouidah au Bénin soit un pont entre l’Afrique et sa diaspora. Que les Afrodescendants du monde entier puissent y retrouver une part de leur histoire, de leur identité et de leur dignité. C’est aussi le sens de notre engagement en septembre 2025 à Harlem avec les Afrodescendants.
Excellences, Mesdames et Messieurs, La République du Congo réaffirme également sa volonté de mobiliser les Congolais de l’Étranger dans l’œuvre de transformation de Notre pays. Notre diaspora constitue une richesse humaine, intellectuelle, scientifique, culturelle et économique. Ses compétences, son expérience, ses investissements et son engagement sont indispensables à l’accélération de notre développement. Le Congo a besoin de tous ses enfants, de son précieux capital humain.
La République du Congo est une terre d’opportunités. Elle dispose d’importantes ressources naturelles, de minerais critiques, d’un potentiel agricole considérable, d’un potentiel touristique encore largement à développer, d’infrastructures en expansion et d’un positionnement géostratégique majeur au cœur de l’Afrique centrale. Nous invitons les investisseurs et les partenaires au développement à accompagner cette ambition, notamment à travers des partenariats public-privé mutuellement bénéfiques.
Nous voulons des partenariats qui créent de la valeur ajoutée, développent les compétences nationales, favorisent le transfert des technologies, respectent nos intérêts et contribuent durablement à notre économie.
Excellences, Mesdames et Messieurs, La République du Congo porte également une responsabilité particulière à l’égard du Bassin du Congo, deuxième poumon écologique de la planète. Ce patrimoine exceptionnel constitue un réservoir majeur de biodiversité et joue un rôle essentiel dans la régulation du climat mondial. Le Bassin du Congo est l’une des principales réponses de l’Afrique dans la lutte contre le réchauffement climatique. Nous ne pouvons continuellement accepter que les pays qui préservent ces écosystèmes supportent seuls le coût de cette responsabilité. La conservation a un coût. La solidarité internationale doit aussi avoir un prix.
Nous appelons donc à :
• une rémunération juste et prévisible des services écosystémiques et du carbone ;
• à des mécanismes de financements innovants et durables ;
• à une capitalisation accrue du Fonds Bleu ;
• à la reconnaissance du Bassin du Congo comme priorité mondiale et à un renforcement de la coopération internationale dédiée à sa préservation. Nous regrettons l’absence en République du Congo d’une institution des Nations Unies dédiée à cette cause à la hauteur de l’importance stratégique du Bassin du Congo.
La République du Congo appelle également au lancement officiel de la Décennie des Nations Unies pour le boisement et le reboisement, et à l’élaboration de feuilles de route nationales ambitieuses pour sa mise en œuvre.
Excellences, Mesdames et Messieurs, Au‑delà de ses fleuves majestueux, de ses forêts séculaires et de ses terres ancestrales, le territoire congolais représente bien davantage qu’un espace géographique. Il est le socle de notre Nation ; Il est le fondement de notre identité ; Il est le territoire de notre souveraineté.
La République du Congo défendra toujours l’intégrité de son territoire, la sécurité de ses frontières, la maîtrise de ses ressources naturelles et la liberté de ses choix stratégiques. Notre souveraineté n’est pas négociable. Elle est la responsabilité que nous devons aux générations qui nous ont procédées et le patrimoine que nous devons transmettre aux générations futures.
Excellences, Mesdames et Messieurs, Fervent défenseur de la paix sur la scène internationale, la République du Congo appelle :
• à des pourparlers entre la Russie et l’Ukraine;
• à la désescalade dans le détroit d’Ormuz ;
• à une solution politique juste et durable au Moyen-Orient ;
• à la stabilisation de l’Est de la République Démocratique du Congo ;
• Au retour durable de la paix au Soudan ;
• à la poursuite de la réconciliation en Libye ;
• à la levée de l’embargo contre Cuba ;
• au retour à la paix et à la stabilité au Sahel.
Nous réaffirmons que : La paix n’est pas une faiblesse ; La négociation n’est pas un renoncement ; Le dialogue n’est pas une capitulation. 20 Dans cet esprit, la République du Congo continuera de privilégier la médiation, le dialogue et la recherche de solutions politiques et pacifiques. Afin de bâtir une Afrique prospère et en paix, de la Libye au Sahel, du Soudan à la région des Grands Lacs, nous réitérons notre disponibilité à accompagner nos pays frères dans la résolution des crises et vers un retour à la paix et la stabilité. Par notre histoire, nous savons que la paix est toujours plus difficile à construire, mais qu’elle demeure la seule victoire qui profite durablement à tous.
Excellences, Mesdames et Messieurs, Dans cette même exigence de responsabilité, les crises récurrentes d’Ebola et les pandémies à répétition nous rappellent que les menaces auxquelles nous sommes confrontées ne sont plus seulement militaires ou économiques. La sécurité sanitaire est devenue une composante essentielle de la sécurité collective.
À cet égard, la République du Congo jouera pleinement sa partition dans la consolidation du siège du Bureau régional de l’OMS à Brazzaville, conformément à l’Accord de siège de 1952. Nous appelons également à une gouvernance internationale de l’intelligence artificielle et de l’espace. Ces technologies doivent rester au service de l’humanité, du progrès et de l’émancipation des peuples. Le progrès technologique ne doit pas devenir un nouvel instrument de domination. L’Afrique aussi doit être un lieu de création, d’innovation et de souveraineté numérique.
Excellences, Mesdames et Messieurs, Pour conclure, la République du Congo demeura fidèle à ses principes : la paix, le développement, la souveraineté, le bon voisinage, le dialogue, la coopération et le respect mutuel entre les Nations. Nous continuerons à défendre nos intérêts nationaux tout en assumant nos responsabilités internationales. Nous continuerons à croire en l’Afrique et en notre destin commun. Et Nous continuerons de choisir les Nations Unies comme espace privilégié du dialogue entre les peuples.
Je vous remercie ».