POURQUOI LES JEUNES CONGOLAIS BOUDENT LEUR PROPRE PAYS ?
Après 66 ans de l’indépendance de la République du Congo, célébrée le 15 août, une question mérite d’être posée, face à l’attitude de nos jeunes : la jeunesse congolaise croit-elle encore en son propre pays ?
Dans les conversations comme sur les réseaux sociaux, nombreux sont les jeunes qui donnent le sentiment de regarder davantage vers l’ailleurs que vers leur propre pays. Burkina Faso, Gabon, Cameroun, RDC ou Angola sont régulièrement cités en exemple. Une route construite au Congo serait meilleure ailleurs, une usine inaugurée serait insuffisante, une initiative en faveur des jeunes serait aussitôt comparée à ce qui se fait chez les voisins. Cette comparaison permanente traduit surtout une profonde frustration.
Car derrière ce désenchantement se trouvent des réalités difficiles : chômage, précarité, difficultés d’insertion professionnelle et manque de perspectives. Selon Afrobarometer, 41 % des jeunes Congolais de 18 à 35 ans interrogés se déclaraient sans emploi et à la recherche d’un travail. Dans ces conditions, le diplôme perd de sa valeur et l’émigration apparaît, pour certains, comme la seule véritable porte de sortie. Des jeunes diplômés qui survivent dans de petites activités alimentent davantage cette impression que l’avenir se trouve ailleurs.
Mais cette crise de confiance interpelle à la fois les pouvoirs publics et la jeunesse. Le gouvernement doit offrir davantage de possibilités concrètes d’emploi, d’entrepreneuriat, de formation et d’accès au financement. Mais les jeunes doivent aussi comprendre que la critique permanente et le rejet de tout ce qui vient du Congo ne suffiront pas à construire le pays. Le Congo n’est pas seulement son gouvernement : il appartient aussi à ceux qui y vivent et à ceux qui devront demain en assurer la relève.
Lors de son discours d’investiture à Kintélé en avril dernier, Denis Sassou-N’Guesso avait appelé la jeunesse à davantage de patriotisme, de responsabilité et d’engagement. À la veille du 15 août, cet appel prend une résonance particulière. Le patriotisme ne peut cependant pas se limiter aux cérémonies et aux discours. Il doit aussi se traduire par le travail, l’innovation, l’entrepreneuriat et la volonté de participer à la transformation du pays.
À 66 ans d’indépendance, le véritable défi est peut-être là : redonner à la jeunesse congolaise non seulement l’envie de rester, mais surtout une raison de croire que son avenir peut encore se construire au Congo. Le pays a besoin d’une jeunesse qui critique quand il le faut, mais qui refuse surtout de renoncer à son propre destin.